Parking Payant.




Le Hourdel, Baie de Somme — août 2017.

Un nombre conséquent de personnes visitent habituellement cette partie de la France pour y contempler les nombreux troupeaux de phoques qui pullulent sur les bancs de sable de la Baie de Somme. Allongés lascivement de tout leur long, ils digèrent en groupe et au soleil, les poissons gobés plus tôt dans la journée. Il est d’ailleurs assez curieux de constater que nous soyons à ce point toujours fascinés par l’observation d’animaux sauvages, quand bien même ces derniers ne feraient rien d’autre qu’une sieste interminable à 200 mètres de là. Comme si nous étions tous surpris de voir cette faune existante en dehors de nos écrans de téléphones portables. Habitat naturel de toute vie sauvage moderne.



C’est d’ailleurs vraisemblablement la principale raison de cette présence humaine sur ces plages grises et hostiles, balayées par le vent. Étant exclusivement composées de vase et de gros galets inconfortables elle proposent un défis permanent pour le plus solide des marcheurs. Un parking payant ainsi que de nombreuses longues-vues dédiées sont mises à disposition des gens et confirment qu’en effet, c’est un lieu touristique prisé par les amateurs de phocidés.






Pour une toute autre raison, et sans vraiment l’anticiper, on peut également découvrir ici ce qui pourrait être la preuve irréfutable de la présence extraterrestre sur terre. Le crash d’un bunker-spatial survenu il y a des millions d’années, ou presque, une soixantaine pour dire vrai. La scène est cosmique, on se croirait dans un film de science fiction ou sur mercure peut-être. La grisaille ambiante nous aidant en cela à émettre de sérieux doutes sur l’authenticité de la scène dans son ensemble. Comme lors d’une hallucination collective.




Les petits groupes de visiteurs s’agglutinent pour voir de leurs propres yeux le bruit colporté de la rumeur extra-terrestre. Comme pour voir le premier éléphant de l’exposition universelle de 1900. Les enfants grimpent à plusieurs sur ce gigantesque bloc de béton en forme de pointe de flèche, avec la naïveté et l’émerveillement que l’on peut éprouver à découvrir de nouvelles technologies. Sans trop se méfier des conséquences à long terme sur l’humanité toute entière. Pour tout dire je ne me rappelle même plus avoir osé le toucher.





Plus je m’approche de l’objet, plus il grossit, tout comme mon incompréhension. Et passé cet éblouissement, les questions pleuvent. Mais comment ce monstre a-t-il bien pu s’échouer avec autant de style en plein milieu de la plage, comme si il eut été hélitreuillé avec soin puis déposé délicatement dans le meilleur angle de prise de vue possible ? Quelle charge assez forte a bien pu servir à déplacer ce colosse de béton armé sans pour autant le désintégrer en mille morceaux ?




Il se trouve qu’après une discussion avec un habitué des lieux, j’apprenais que c’est la nature qui s’en est apparement chargée toute seule. Le temps, l’érosion opérée par la mer à cet endroit ont fait s’incliner, le bec dans le sable, les derniers vestiges du Mur de l’Atlantique. À la manière des populations enfin libérées du jougs des dictateurs, qui font tomber les dernières représentations du pouvoir oppresseur à terre, dans une fête païenne et joyeuse. Ici c’est donc la nature qui à craché à la gueule de l’occupant. À ceci près qu’en France nous avons choisit de nous souvenir collectivement, pour ne pas oublier que tout cela n’est peut-être cyclique et qu’il est toujours bon de rafraîchir les mémoires parfois courtes.

Le corps inerte du bougre ne fut donc pas retiré de la plage, et aura permis mon ravissement.





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