Nostalgie In Situ.




Les images qui constituent cette série sont toutes issues de plusieurs allées et venues dans ce coin de la Côte d’Opale de 2015 à 2017, et cela après 10 ans d’absence. On y retrouve principalement représentées les villes du Touquet-Paris-Plage, de Stella Plage, de Mérlimont et d’Étaples-sur-Mer ainsi que divers autres endroits alentour. Cette série regroupe dans sa totalité, une petite centaine d’images. Ce sont les retrouvailles avec ce lieu, fortement marqué par le passé, qui m’ont mené à me plonger dans le vide de certains de mes souvenirs, dans une forme d’introspection, de langage qui ferait écho à mon adolescence.





La nostalgie n’est pas un plat qui se mange froid, ni même réchauffé, mais servi généralement bien chaud et juste à temps par la mémoire. La manifestation de ce miracle advient habituellement lorsqu’on s’y attend le moins. L’oubli faisant de ce morceau de réalité quelque chose d’une valeur inestimable pour son propriétaire. Mais il résiste paradoxalement mal à l’érosion qui polit nos mémoires.

Il en est de fait parfois réduit à l’état de pure sensation, de poil qui se dresse sans raison apparente, voire même de déjà-vu ou de simple frisson.





Il y a des endroits plus propices que d’autres où se forme ce magma brûlant d’amertume et empreint de joie, qui selon toute vraisemblance serait la définition même de la nostalgie. En ce qui me concerne il y en a un précis qui me traverse toujours particulièrement le corps et l’esprit d’une multitude de ces souvenirs quand je m’y trouve. Cet endroit c’est la Côte d’Opale.




Il est vrai que lorsque que l’on regarde une opale et la subtilité de son relief aux milliers de couleurs nacrées et réfléchissantes, fabriquée, que dis-je, façonnée par des siècles d’évolution des espèces, au gré du climat et des conditions marines, on se demande si l’on ne s’est pas trompé de station de train en posant le pied pour la première fois à cet endroit. Et cela, quand bien même il se serait arrêté de pleuvoir, buvant un café en face de la gare, accoudé au bar de l’Hotel du Voyageur.

Ceci étant, le raffinement de cette région du monde ne résidant pas dans le choix du minéral choisi en quelque époque éloignée pour en résumer la beauté, et pour le nostalgique que je suis, le décor important peu finalement, seuls les moments vécus comptent.



Ici il y a des moments, qu’ils soient anciens ou à venir, en chaque endroit. Ils sont partout, éparpillés comme un coquillage broyé, réduit en sable par le poing puis soufflé par l’explosion d’une bombe. Tout en est imprimé, la moindre touffe d’herbes hautes au sommet de n’importe quelle dune. Le moindre gravier de macadam, caractéristique des immenses parkings de fronts de mer. L’odeur grasse de frites chaudes dans les ruelles abritant les arrières cuisines de restaurants. Les rafales vivifiantes ou parfois glaçantes qui soufflent dans certaines rues, devenues goulets d’étranglement à bourrasques, où chaque goutte de pluie ruisselant sur mon visage tuméfié par les conditions climatiques parfois brutales ajoute encore un peu à l’intensité de l’expérience.





Ce souvenir est si lointain que communiquer avec lui ne tient plus qu’à un fil.
Comme un corps céleste il semble m’avoir frôlé il y a des millions d’années
puis a filé à la vitesse d’un astéroïde vers le fin fond du néant.
Qui sait dans quel univers il se trouve maintenant, ce qu’il a vu et quand il aura une chance
de repasser non loin de mes pensées. De me frôler à nouveau.

Il n’est désormais plus qu’une infime impulsion électrique qui vivote dans ma mémoire,
tout juste un signal en fin de course, perdu dans l’immense rien.

Mais il est peut-être ce que je possède de plus précieux.





C’est le plus souvent la nature qui se charge d’éparpiller les souvenirs et affaire tous les sens simultanément. Elle est forte comme la mer rejetant invariablement tout ce qu’elle a un jour protégé en son sein vers cette nature côtière. Elle plaque les pensées comme l’écume sur le sable, décrivant une frontière stagnante faite d’os, de bois, d’algues, de déchets et de mort. Le vide en devient lui-même si vivant qu’il est un compagnon de route de facto. Forçant l’introspection à chaque pas.

Le nostalgique doublé du photographe est toujours seul même accompagné.




Comme toute force mystique, la lumière qui se dégage de cet ensemble amenuise la distance qui nous sépare de n’importe quelle mémoire. La rapprochant de soi comme un télescope magnifie les astres et les constellations, réverbérant tout éclat trop faible, diffusant les sentiments trop forts et enrobant tout souvenir visuel, même le plus infime, dans une cinématographie presque parfaite.




Qu’est-ce qui, au fond, pourrait être plus agréable que de pouvoir revivre toutes ces sensations qui nous ont construit, celles-là même qui furent les étapes importantes de nos vies, sans pour autant en retirer de sentiments négatifs ? Pouvoir simplement remettre un peu d’ordre dans le chaos des souvenirs confus de l’adolescence.

Chaque paysage mental, aussi personnel qu’il soit, sera toujours fait de morceaux de souvenirs éparpillés en fragments par le temps et reconstitué par la sensibilité de chacun, laissé libre par ceux-ci à l’interprétation de tous. Un souvenir devient intouchable quand il est éclairé avec justesse.





Nostalgia In Situ.

The pictures in this series were taken during several consecutive round trips in la Côte d’Opale after a 10-year hiatus, from approximately 2015 to 2017. The main places shown here are le Touquet-Paris-Plage, Stella Plage, Mérlimont, Étaples-sur-Mer, and their surroundings. The complete series contains more than a hundred images. It’s the reunion with that area, anchored in the past, that brought me to dive into the void of some of my deepest memories, in an introspective way. Photography, thus, triggered a conversation with my teenage-self.





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Tous droits reservés, Vianney Quecq d’Henripret 2018.